Réunion du 12-05-2009

 

« Sédition et esmotion à Grenade »

 

La fin du règne de Louis XIII est marquée par la guerre contre l’Espagne déclarée en 1635. Les finances de l’Etat en subissent les inconvénients et de nouvelles contributions sont sans cesse demandées au peuple. De plus, notre région, étant située près de l’Espagne, voit le passage et le séjour plus ou moins long de troupes armées qui doivent être logées dans les villes qu’elles traversent, nourries et quelques fois même payées par ces communautés.

 

Le 4 avril 1638 plusieurs cavaliers de la compagnie du sieur de Marin, arrivés la veille à Grenade, apportent une ordonnance du chevalier Etienne de Soulé, sieur de Primenault, conseiller du roi, maître des requêtes ordinaires, premier président de la cour des aides de Bordeaux, intendant de justice, police et finance en Guyenne, conseiller au régalement des tailles et emprunts de cette même province. Les consuls décident de loger ces cavaliers dans les hôtelleries, aux dépens de la communauté. Les sieurs Chatellus, Dugabre et Cabié sont envoyés à Toulouse auprès du sieur de Soulé et le supplient de vouloir accorder à la communauté le délogement de ces cavaliers et de leur enlever les surcharges dont ils sont accablés.

Le sieur de Soulé passe à Grenade le 6 avril où il est reçu en grande pompe. On fait tirer les canons, et MM. les consuls, avec leurs robes rouges, accompagnés de la bourgeoisie, se portent à vingt pas de la porte de Toulouse, lui offrent les clefs de la ville et leurs services. Ils lui disent leur désir de faire la volonté du roi.

Les consuls plaident la cause de la ville, assistés des sieurs de Nogerolles, de Mansencal, Cournac, docteur et avocat au parlement, de Pérignon, Estellane et Saint-Hélène, bourgeois, supplient leur hôte de les soulager d’une partie des impositions, vu la pauvreté de la ville, et vu aussi qu’elle est déjà engagée pour le service du roi de 100 000 livres, et qu’elle n’a pas de quoi les payer.

Pour toute réponse ils reçoivent l’ordre de s’acquitter de la dette avec menace de l’envoi de gens de guerre à Grenade, si les habitants ne satisfont point à l’ordre donné.

Malgré les suppliques réitérées par les consuls le sieur de Soulé reste inflexible.

 

Le 29 avril deux compagnies commandées par Monsieur Simbré-Prévost et envoyées par Monsieur de Soulé, arrivent à la métairie du sieur Pérignon, bourgeois de la ville. Les soldats se jettent sur les oisons et poules, entrent dans la métairie et enlèvent ce qu’ils y trouvent. Ce que voyant, quelques femmes qui sarclent les blés, accourent à la porte de Save qu’elles ferment. Après que les dites compagnies sont passées le sieur Prévost se présente à son tour et reçoit le même accueil. Ces femmes accomplissent cette action, non contre le roi à qui elles sont entièrement dévouées, mais par crainte de ces deux compagnies.

 

Cette action suscite une réaction extrêmement vive su sieur de Soulé qui revient à Grenade accompagné du sieur de Redon, président au tribunal de Montauban, Coustault, Petit et Roussel conseillers et magistrats au siège du présidial également de Montauban, Seimbrel, sénéchal d’agenais, de Bach, lieutenant du sénéchal de Quercy. Ces personnages se réunissent sous la halle en une cour de justice, et citent à comparaître pour crimes de sédition, soulèvement et émotion populaire avec port d’armes, tant contre la justice que les armées du roi, les nommés Pierre Labat, Jean et Vital Mauléon, père et fils, Antoinette Chazelle dite Bartasanne, femme de Pierre Bousquet, Raymond Maynal, Bertrand Castaigné, Pierre Dayme, dit petit mestre, arquebusier, Guilhaume et autre Guilhaume Bazillon, père et fils, et Jeanne Gasparde, tous détenus prisonniers.

Sont accusés aussi pour demandes en excès et rébellion à la justice, Jean Cabié élu de Rivière-Verdun et détenu prisonnier, Jean Dupuy élu, Sacaley également élu, Guiraud, Vézian, Estellane et Salinas.

Après avoir revu tous les rappels que les consuls avaient reçu pour exécuter les ordres de paiements qui sont restés sans effet et écouté la lecture de tous les procès-verbaux qui leur avaient été adressés. Après avoir entendu les diverses accusations portées contre ces personnes, et entendu les divers témoins. Après avoir entendu les explications des accusés.

Le jugement déclare que lesdits Pierre Labat, Raymond Maynal, Vital Mauléon, Antoinette Chazelles, dite Bartasanne, femme de  Pierre Bousquet, et Jeanne Gasparde, femme de Chazan, portier de la porte de Save, sont déclarés atteints et convaincus de crime de sédition, soulèvement, émotion populaire et port d’armes contre la justice et les armées du roi, et comme tels, criminels de lèse-majesté et perturbateurs du repos public. Pour réparation de quoi ils sont condamnés d’être délivrés entre les mains de l’exécuteur de la haute justice pour exécution de la peine, à savoir : lesdits Labat et Maynal, fustigés sur les épaules nues avec un fouet de chambre jusqu’à effusion de sang. Pareillement ladite Bartasanne sera battue de verges sur les épaules, aussi jusqu’à effusion de sang ; et ce, tant aux carrefours, place publique, que devant la porte de Save où ladite sédition et émotion ont été faites.

Ledit Vital Mauléon fils et ladite Gasparde portière, d’être mis et attachés au carcan en la place publique de la ville pour y demeurer l’espace d’une heure.

Serons bannis de la ville et sa juridiction lesdits Labat, Maynal, Vital Mauléon et ladite Bartasanne pour trois ans, ladite Gasparde pour un an seulement avec défense d’enfreindre leur ban sous peine de mort.

Défense est faite aux consuls de la ville de se servir dorénavant de ladite Gasparde pour la garde de ladite porte, à peine de trois cents livres d’amende et de destitution de leur charge.

Lesdits prévenus sont solidairement condamnés à cent livres d’amende, assignables par égales portions à la réparation des couvents des pères capucins, pères récollets et religieuses carmélites de Montauban et pères récollets de Beaumont-de-Lomagne, et aux dépens du procès envers ceux qui les ont déboursés.

D’autres personnes sont mises hors de procès, d’autres encore tels lesdits Sacaley, Vézian, Guirault, Estellane et Salinas défaillants (c’est à dire en fuite), seront cités à comparaître ultérieurement.

Ledit Cabié, élu, restera en prison jusqu’à ce que les consuls aient acquitté la totalité des impôts et taxes dus par la ville, ainsi que les amendes et frais de procès.

Le jugement souverain a été prononcé aux parties ici nommées par moi greffier en la commission de Mgr Soulé le cinquième de mai 1638, audit Grenade, soussigné : Lefranc.